La bactérie mangeuse de chair – comment ça m’est arrivé

Comment une blessure aussi bénigne peut-elle causer autant de dommages. Nous sommes la fin de semaine du congé de la confédération. C’est la période que j’ai choisie pour mes vacances estivales. Je suis à travailler autour de la maison comme à mon habitude. J’ai quelque chose dans la main gauche mais je n’arrive pas à me rappeler ce que c’est. Dans la main droite, je tiens un tournevis à tête plate avec lequel j’essaie de réparer l’objet que je tiens. Je met la pression et soudain, le tournevis dérape, glisse le long de l’objet et heurte sans trop de violence la paume de ma main à la base du pouce. Rien de bien grave. Aucun saignement. Simplement un bout de peau soulevé par le choc. J’arrache la peau et je me suis peut-être lavé les mains, mais je n’en suis pas certain. Il m’arrive tellement souvent de m’infliger ce genre de blessure que je n’y ai pas porté plus d’attention.

Comme à peu près chaque année, un voyage vers cette chère Gaspésie est prévu à l’horaire. Nous partons le mercredi et depuis la fin de semaine dernière, j’ai vaqué à mes occupations habituelles tout en préparant le voyage. Rendu à destination, on s’adonne à nos activités préférées : pêche à la truite de ruisseau, pêche au lancer léger sur le quai de Sainte-Anne-des-Monts, visite de certains sites touristiques etc. Rien ne laissait présager ce qui allait se produire.

Le samedi 7 juillet nous sommes invités chez un de mes beaux-frères et sa conjointe pour le souper. Au cours de l’après-midi, quelques temps avant de nous joindre à nos hôtes, je me rend compte que je suis porté à masser la région de ma blessure infligée 7 jours auparavant. Le pourtour de la blessure est devenu dur, ça me gratte et je ressens un peu de douleur. J’applique un onguent antiseptique et recouvre la blessure d’un bandage croyant à une simple infection puis, on se rend chez nos hôtes. Plus l’après-midi avance, plus la douleur augmente mais, très subtilement. Je me surprend à masser régulièrement l’endroit protégé par le bandage. Vient le souper et ensuite le dessert. Peu de temps après celui-ci, la douleur devient plus forte. Tant et si bien que j’avise nos hôtes que plutôt que d’avoir un air de chien et rester, je préfère les quitter pour aller me reposer à la maison. Ma conjointe n’en croit pas ses oreilles. Quitter son frère et sa belle-soeur parce que j’ai une petite blessure à la main. Elle est plutôt sceptique mais nous n’avons pas l’habitude de se cacher les vraies raisons d’une telle décision. Alors, quand je lui confirme la raison lorsque nous sommes seuls dans la voiture, elle ne comprend rien. On décide alors d’aller à la pharmacie afin de demander conseil. Malheureusement, elle est déjà fermée. On retourne donc à la maison où j’essaie quelques remèdes de «grand-mère» comme de faire tremper ma main dans une saumure. J’applique de nouveau un onguent et bandage. Il n’est pas 22h00 lorsque je monte me coucher espérant que le sommeil vienne et fasse que je ne sente plus cette douleur qui est de plus en plus intense. Je n’ai évidemment pas pu dormir de la nuit.

Au lever ma main avait doublé de volume et la douleur était maintenant insupportable. Ma conjoite, n’ayant plus aucune suspicion, affirme alors que, bon gré mal gré, je dois aller à l’hôpital. Hier soir je n’ai pas cru bon d’y faire un tour mais ce matin, je n’ai pas besoin d’elle pour décider.

J’ai su plus tard que, lorsque le médecin de l’urgence de l’hôpital de Sainte-Anne m’a examiné, il avait prévu me prescrire des antibiotiques et de me retourner chez-moi. Mais la douleur que j’exprimais ne cadrait pas, selon lui, avec la blessure que j’avais. Il a décidé de me garder en observation. Cette décision m’a sans doute sauver la vie sinon, le bras. Malgré des tonnes d’injections de doses de plus en plus fortes d’antibiotiques, ma condition se détériorait. La douleur était tellement insoutenable que je disais à ma conjointe, dans mon quasi délire, de demander au médecin de me couper la main afin que cesse la douleur.

Après quelques heures d’observation, la médecin a finalement décider de demander mon transfert vers le Centre Hospitalier de Rimouski, mieux équipé pour faire face à ma condition. Le médecin ne me dit rien de ses craintes mais je crois qu’à ce moment-là, il craint le pire diagnostique.

Plus de 2 heures de voyagement me conduisent à Rimouski. À peine entré à l’urgence et après une brève évaluation, c’est le branle-bas de combat. Dire le nombre de personnes du corps médical qui ont défilées autour de ma civière, je n’en sais rien. Beaucoup. Un chirurgien orthopédiste est venu me dire qu’il allait m’opérer car l’infection gagnait rapidement du terrain. Dire que tout ce temps-là, on se demandait si on allait être de retour à Sainte-Anne avant la nuit !!!

Et me voici, 5 interventions chirurgicales et deux semaines plus tard, je sors finalement de l’hôpital. La première opération a été la plus difficile. Au pire, j’ai failli à un certain moment y rester. Au moins pire, j’ai failli y laisser mon bras. Mais grâce au travail spectaculaire des chirurgiens, aucun muscle, aucun tendon, aucun nerf n’a été affecté par l’infection. Quelle infection peut faire autant de ravage ? Il s’agit du Streptocoque du groupe A ou, dans le jargon médical, d’une fasciite nécrosante. Nous la connaissons mieux sous le nom de Bactérie Mangeuse de Chair.

On m’a annoncé le verdict après la première intervention : streptocoque de type A. Je vous assure que dans la condition où j’étais, on m’aurait annoncé n’importe quoi, j’aurais répondu : Ha oui ! Merci …. Ma conjointe, elle, a reçu et a demandé plus de détails. Elle a connu à ce moment-là le diagnostique. Elle a été très surprise de mon incroyable réaction. Elle se disait que je prenais la nouvelle avec beaucoup de sérénité. Elle ne savait pas que je n’y avais rien compris.  Après la deuxième intervention, le chirurgien est revenu à mon chevet pour me dire à quel point j’étais chanceux dans mon malheur. Tout avait été sauvé malgré que je leur avais fait plusieurs bonnes frousses, surtout pendant la première intervention. C’est à ce moment qu’il m’a dit que les analyses micro-biologiques confirmaient le diagnostique mais, cette fois, en utilisant un langage connu : il s’agissait bien de la bactérie mangeuse de chair !!!!!!!!!!!

J’accuse le choc pendant quelques secondes. J’éclate ensuite en sanglots. Je réalise alors toute la gravité de mon état. Ça ne dure pas longtemps car les paroles d’encouragement du chirurgien me calment rapidement. Il m’explique que je dervrai subir d’autres opérations et que si tout va pour le mieux, je pourrai peut-être sortir de l’hôpital la fin de semaine soit, une semaine après mon arrivée. Ce serait parfait car les vacances achèvent et ma conjointe doit rentrer à la maison. Je serais par contre transféré dans un hôpital de ma région afin de poursuivre un suivi médical et chirurgical au besoin. En 5 jours j’ai subi 4 interventions. Après la quatrième, coup de massue : le chirurgien n’est pas complètement satisfait et planifie une cinquième intervention pour lundi. Je craque de nouveau. Je n’y crois pas. Je dois rester et ma conjointe devra partir. Je serai seul pour affronter ce qui me reste à affronter. J’ai appelé mon fils pour lui annoncer tout ce qui m’arrivait et pour lui dire que j’avais besoin de lui. Il a fait ni une ni deux et il a pris les arrangements pour venir me trouver.

Le moral est meilleur à l’arrivée de mon fils. Il est là lorsqu’on vient changer mon pansement. C’est la première fois que je vois l’état de mon bras et de ma main depuis que je suis entré à l’hôpital. Je m’étais imaginé le pire et je me préparais à être dégoûté par le spectacle. Au contraire ! J’ai été étonné de regarder mes plaies avec intérêt et satisfaction. Satisfaction pour le travail des chirurgiens surtout. Ce n’était pas dégoûtant du tout pour moi. J’étais content. Mon fils en a profité pour prendre des photos en rafale. Je crois bien que tous les angles ont été utilisés. Pour ceux qui ont le coeur bien accroché ou si vous aimez voir ce genre d’interventions, voyez mon album de photos.

Ma conjointe et mon fils sont partis. Je suis seul pour faire face. On se parle régulièrement au téléphone mais, ce n’est pas pareil. La cinquième intervention a lieu le lundi 16 juillet. Moi qui espérais être transféré immédiatement après vers un hôpital de ma région. La chirurgienne, qui a remplacé mon chirurgien habituel pendant ses vacances, a préféré suivre l’évolution pendant quelques jours afin de s’assurer que tout rentrait dans l’ordre avant de me transférer. Le vendredi suivant, elle me réservait une belle surprise. Après consultation auprès d’un spécialiste de la main, elle m’a annoncé que je sortais dimanche si tout continuait à bien aller et que contrairement à ce qui était prévu, je ne serais pas transféré vers un hôpital mais plutôt qu’elle signait mon congé. Je craque pour une troisième fois. Cette fois, c’est de bonheur. Si tout va bien, dimanche le 22 juillet je retourne à la maison.

Deux jours interminables mais je reçois mon congé effectivement le dimanche. Se sont écoulés 14 jours depuis mon arrivée. Je repense à mon appréhension lors de mon transfert de Sainte-Anne vers Rimouski : est-ce que je serai de retour à Sainte-Anne avant la nuit ?? Et aujourd’hui j’en ris. Je fais le voyage vers Terrebonne dans une chaise civière pas très confortable mais ça ne fait rien, je serai à la maison pour le souper.

Aujourd’hui 5 septembre 2007 j’écris mon aventure. Je ne suis pas encore rétabli mais ça va bien. La guérison de mes plaies va bien. J’ai commencé ma ré-éducation par des traitements en ergothérapie. Je fais aussi trempette en hydrothérapie. La douleur est maintenant beaucoup plus facile à contrôler. J’espère me débarasser de mon pansement bientôt et que l’oedème de ma main disparaisse. Ça me rendra sûrement la tâche plus facile pour les exercices d’assouplissement de mes doigts.

Voyez mon album photos.

À bientôt,

Paul

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